samedi 9 mai 2015

La sérénité, ça s'apprend - Christophe André

La psychologie positive



 Une excellente conférence à Bordeaux animée par Christophe André


"Grand défenseur de la thérapie comportementale, le psychiatre Christophe André publie ce 23 janvier Et n'oublie pas d'être heureux. 
Il détaille pour le magasine L'Express les principes simples de la psychologie positive. Interview :
De son ami Matthieu Ricard il a la gentillesse non feinte et le goût pour la méditation. Christophe André, c'est un peu le "sage" de la psy française, l'apôtre tout sauf béat de la thérapie comportementale aux résultats concrets. Son dernier ouvrage, Et n'oublie pas d'être heureux. Abécédaire de la psychologie positive, publié le 23 janvier aux éditions Odile Jacob, déploie, avec plus de maturité, ce qui fait son succès depuis quinze ans : écriture limpide, sens de la pédagogie, arguments scientifiques et récits autobiographiques.  
Dans un pays qui ne jure que par le bonheur mais ne cause que du malheur, les préceptes de ce psychiatre parisien consultant à l'hôpital Sainte-Anne éclairent notre ciel de sinistrose. "Si l'on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce en serait la salle d'attente", écrivait Jules Renard. A lire et à écouter Christophe André, on se dit que l'écrivain est juste né trop tôt. 
Depuis Saint-Just, l'idée du bonheur n'est plus vraiment une idée neuve, mais c'est devenu une idée fixe. Comment l'expliquez-vous?
Avant de vous répondre, une remarque : je pense que, si l'on faisait le calcul, on trouverait plus d'ouvrages sur le bonheur au XVIIIe siècle qu'aujourd'hui ! Mais la grande différence est que notre rapport au bonheur a changé, parce que le bonheur lui-même s'est démocratisé. Les traités des stoïciens et des épicuriens s'adressaient à une élite.  
Ce qu'ont apporté les révolutions française et américaine, c'est l'idée que tout humain a droit au bonheur. Dans le préambule de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, les trois droits fondamentaux évoqués sont les droits à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur. Ce dernier devient ainsi une aspiration à laquelle chacun peut prétendre. Mais, dès l'instant où tout le monde y a droit, les élites trouvent le bonheur moins noble, et se mettent à traiter de nigaud celui qui en parle.  

L'autre nouveauté est que, depuis quinze ans, nous disposons de plus en plus d'études prouvant que le bonheur est bon pour la santé. Nos deux grandes obsessions contemporaines, le bonheur et la santé, se trouvent donc réunies ! 
Aujourd'hui, les "pathologies du moi" ont remplacé les "névroses de culpabilité", disent vos confrères. A chaque époque ses troubles?
Absolument, les interactions entre psychologie, psychiatrie et société sont constantes. Prenez la psychanalyse. Elle s'est construite sur la modélisation de l'hystérie de conversion, incarnée par ces femmes que Charcot exhibait à la Salpêtrière et dont les problèmes psychologiques se traduisaient par des pseudo-cécités ou des pseudo-paralysies. Leurs troubles étaient typiques des sociétés très répressives, qui refoulaient les pulsions et les émotions, sur le modèle victorien.  
Quand le sexe s'est libéré et que la condition de la femme a évolué, ces modèles théoriques sont devenus moins opérants. Dans les années 1970, cette société répressive n'avait pas encore tout à fait disparu. Il fallait honorer sa place, être bon père, bon travailleur, ne pas décevoir les autres. Désormais, ce que mettent en avant les individus en consultation, c'est la non-reconnaissance : "Je n'ai pas été respecté au bureau", "mon conjoint s'est payé ma tête pendant des années"... 
Le défi est d'arriver non plus à "tenir sa place" mais à "trouver sa place"?
C'est cela. La souffrance est la même, mais elle s'exprime différemment. Prenez encore la question de l'estime de soi. Descartes en parle, Rousseau en parle, mais le sujet prend réellement de l'importance à partir des années 1980 avec le libéralisme, qui impose aux individus d'apprendre à se vendre. Auparavant, on n'avait pas besoin d'entretien d'embauche pour travailler puisque l'on passait toute sa vie au même endroit et que l'on connaissait tout le monde dans son environnement proche.  
La notion d'estime de soi n'était pas décisive dans une trajectoire existentielle, donc ne causait pas de souffrance. Il en va de même avec l'anxiété sociale, ou la timidité. A partir du moment où la performance sociale devient primordiale, il faut séduire - de nouveaux voisins, de nouveaux amis, de nouveaux collègues de travail, de nouveaux partenaires. Si on n'est pas persuadé d'avoir un minimum de valeur, les échecs peuvent mettre hors circuit. Chaque fois qu'une société change, elle révèle des souffrances ou des limitations, qui étaient silencieuses auparavant. 
Les thérapies comportementales et cognitives [TCC], dont vous êtes l'un des représentants, sont-elles plus adaptées que la psychanalyse aux maux de l'époque?
Je ne dirais pas cela ; opposer les deux est très français, d'ailleurs. Dans la plupart des pays, la psychanalyse s'est adaptée. Le problème est qu'en France elle s'est déconsidérée toute seule en se rigidifiant et en postulant qu'elle reposait sur des vérités éternelles. En Suisse ou en Belgique, elle est rentrée dans le paysage et figure aux côtés des autres thérapies - systémiques, comportementales, etc. Je suis ravi que toutes ces voies existent. 
Etre soi-même anxieux lorsqu'on soigne et que l'on écrit des livres pour les anxieux, est-ce une chance ou un boulet?
Une chance, si on fait ce qu'il faut ! Mes patients sentent que j'ai moi-même travaillé sur mes tendances anxieuses et dépressives, et cela les aide. Je n'hésite d'ailleurs pas à faire ce que l'on appelle de la " révélation de soi ", en consultation ou dans mes livres. Cette technique constitue un outil très puissant de soutien psychologique pour les patients, à condition de respecter deux conditions : la révélation doit être un ingrédient et non pas le composant principal du plat (la thérapie). Et il faut parler de soi seulement lorsque l'on sent que le patient en a besoin - s'il a l'impression qu'il ne peut pas avancer, ou qu'il est le seul à connaître les problèmes qu'il décrit. 
Quand on entend "psychologie positive", on pense à la méthode Coué, ou au slogan exaspérant des publicités - "Positivez!" En quoi est-elle plus subtile?
Emile Coué avait compris qu'une idée ressassée dans notre cerveau finit par avoir une influence profonde sur l'image que l'on a de soi. Mais sa méthode - se répéter des phrases positives - était un peu simpliste, même si elle marche pour partie. La psychologie positive regroupe un ensemble de techniques plus variées et plus fines, qui ont fait l'objet d'études précises. Le grand problème est que beaucoup de gens ont du mal à comprendre que des principes très simples peuvent être très efficaces. 
La clef, dites-vous, réside dans la répétition, l'effort et l'association des exercices.
Je prends souvent le modèle de la corde, composée de tout un tas de petits brins. Chaque brin, individuellement, est beaucoup trop léger pour soulever le poids de nos difficultés, mais tous les brins tissés ensemble deviennent très puissants. Un exemple : tous les soirs, pendant quinze jours, je vais prendre le temps de repenser à trois choses agréables qui me sont arrivées dans la journée, en respirant, en revoyant la scène, longuement. Après deux semaines, il se passera quelque chose en moi de bien plus fort que ce que je pouvais imaginer. 
Par quel mécanisme?
Les émotions négatives resserrent notre champ d'attention, puisque leur fonction évolutive consiste à nous focaliser sur les problèmes pour nous aider à les surmonter. Al'inverse, les émotions positives ont pour fonction évolutive de nous aider à trouver des ressources, elles ouvrent la focale attentionnelle en nous rendant capables de mieux regarder autour de nous et de trouver un sens à ce que nous vivons. En revanche, une personne déprimée ou qui a une trop faible estime de soi peut aller encore plus mal si elle passe trop tôt à la psychologie positive. Il faut d'abord avoir été capable de lutter contre ses idées négatives, par une thérapie et/ou des médicaments. 
Vivre l'instant en pleine conscience, admirer, remercier, chasser le ressentiment... N'est-ce pas l'enseignement des sagesses anciennes et des religions depuis plus de deux mille ans?
Vous avez raison ! Lorsque j'aborde le thème de la psychologie positive, d'ailleurs, je dis souvent que je vais évoquer de grandes platitudes. Mais l'important n'est pas : "Est-ce que je le sais ?" La grande question est : "Est-ce que je le fais ?" Le défi de la psychologie positive ne consiste pas tant à expliquer les exercices que de motiver à les faire. Sans attendre de se trouver dans le bon état d'esprit ou espérer des résultats immédiats. Lorsque l'on n'a pas de bonnes raisons de pleurer, on doit s'efforcer de sourire, nous dit la psychologie positive. Elle est un acte d'hygiène, comme se brosser les dents. Voilà pourquoi elle n'est pas forcément séduisante sur le plan intellectuel. 
La neuro-imagerie, en revanche, vous fournit des arguments scientifiques en prouvant que le cerveau, donc notre façon de penser, peut évoluer...
Oui. La psychiatrie était très en retard sur les autres disciplines, parce que nous ne disposions pas d'images satisfaisantes pour mesurer son impact sur le cerveau. Sur une radio ou sur un électroencéphalogramme, on ne voit pas grand-chose. Quand la neuro-imagerie est arrivée, ce fut une révolution ! En 1992, Lewis Baxter a publié la première étude qui montrait des modifications des circuits cérébraux avant et après une thérapie cognitivo-comportementale chez les patients souffrant de troubles obsessionnels compulsifs. Pour la première fois, nous avions la validation scientifique que les TCC pouvaient donner d'aussi bons résultats que les médicaments. 
Quel est le but de la psychologie positive? Nous rendre heureux?
Disons, un peu plus heureux, en évitant d'être inutilement malheureux. En théorie, la psychologie positive se concentre plus sur le développement de nos qualités et de notre bien-être, mais elle ouvre aussi beaucoup les yeux sur le rapport entre bonheur et malheur, étroitement liés. " Le bonheur n'est pas le but, mais le moyen de la vie ", disait Paul Claudel. On ne vit pas pour être heureux; en revanche, on vit grâce au bonheur. Si nous n'avions pas la possibilité de savourer des moments agréables et apaisants, tout en nous disant qu'une fois passés ils pourront se reproduire, nous ne supporterions pas cette vie d'animaux mortels ! 
"Tout commence par l'acceptation, écrivez-vous. Dire oui à la vie, dire oui aux soucis." Mais comment faire dans une société qui pousse à se protéger de tout : des intempéries, des rides, des aléas de la vie?
Le thérapeute, comme le philosophe, est là pour rappeler que toute existence comporte une part d'adversité et que chacun d'entre nous y sera confronté, un jour ou l'autre. S'il est important de se protéger, et d'essayer d'être heureux le plus souvent possible, il faut le faire dans un esprit réaliste. André Comte-Sponville définit bien ce que pourrait être l'idéal de la psychologie positive : "La sagesse, c'est le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité." 
Conclure un livre grand public traitant du bonheur par une réflexion sur sa propre mort, comme c'est le cas dans votre dernier ouvrage, est peu banal. Pourquoi ce choix?
Sans cette conclusion, le livre n'a pas de sens ! La façon la plus efficace d'accepter l'idée de la mort, c'est de rendre notre existence aussi dense que possible en étant nous-mêmes aussi présents que possible à ce que nous vivons. C'est l'essence même du carpe diem. La phénoménologie du bonheur, qui s'intéresse à la façon dont l'être humain le vit intérieurement, montre cela très bien : dans les moments heureux, la seule chose qui compte est ce qui est là, maintenant. Lorsque l'on est dans le présent, on est, d'une certaine façon, dans l'éternité. 
Christophe André en 6 dates :
1956 Naissance à Montpellier. 1980 Doctorat de médecine. 1982 Mémoire de psychiatrie. 1992 Ouverture d'une consultation à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris, spécialisée dans la prise en charge des troubles anxieux et dépressifs. 2006 Impartfaits libres et heureux. Pratiques de l'estime de soi (Odile Jacob). 2014Et n'oublie pas d'être heureux. Abécédaire de la psychologie positive (Odile Jacob). "
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/christophe-andre-trouver-un-sens-a-ce-que-nous-vivons_1316400.html

mercredi 6 mai 2015

Une leçon de philosophie : La métamorphose - avec Patrick Danvrey






"Une leçon de philosophie" sur le sujet de la métamorphose, un entretien de Raphaêl Enthoven avec Patrick Dandrey sur Arte le 15 décembre 2013 : 

http://taopranalee.blogspot.com.br/2015/05/une-lecon-de-philosophie-la-metamorphose.html

Dans cette émission, Patrick Danvrey, un universitaire spécialiste du 17ème siècle, et particulièrement de Jean de la Fontaine et de Molière, nous entretient avec brio sur la notion de métamorphose (celle d'un néant vers la création d'un univers, de la Nature par la Culture, de l'animal en ses formes, ou de l'homme en ses expériences modernes) avec une très grande subtilité sémantique.




lundi 4 mai 2015

Transformer les murs en portes - Nick Vujicic (l'homme sans jambes et sans bras)




La rencontre avec le sourire ne laisse jamais indifférent, tant de souffrances et de peines dépassées et surmontées. Car comme le dit si bien Maya Angelou : "Nous sommes enchantés par la beauté du papillon, mais nous admettons rarement les changements qu'il a dû traverser pour y parvenir".
La détermination qui s'exprime chez cet homme hors du commun est bien sûr un exemple à suivre, pour ne jamais abandonner dans la souffrance infligée par son environnement, mais surtout pour arrêter ce jugement pernicieux qui ronge l'homme moderne : son éternelle insatisfaction et par conséquent son incapacité à trouver en lui les ressources du bonheur.



NICK VUJICIC : "C'est un mensonge de croire que vous ne valez rien"


"Je n'ai pas de main pour tenir la main de ma femme mais je suis capable de tenir son coeur"
"pourquoi souris-tu autant ?"
"Quel type de père pourrais-tu être si tu ne peux prendre ton enfant dans tes bras quand il pleure ? Vous êtes seul, bien sûr vos parents vous prennent dans les bras, mais leurs étreintes ne vous guérissent pas..."
"Quand on n'a pas de miracles dans sa vie, on peut être le miracle de la vie de quelqu'un d'autre"




jeudi 30 avril 2015

né un 30 Avril 1899



Immersion dans un regard où le vide appelle la ferveur de l'aspirant 
Pureté et beauté,
Immense infinité
Joies du Ciel qui se déversent en pluie de rosée,
Jouons,
Le coeur bat,
L'arme déposée, enterrée,
Il est
Au milieu de nous
Force et sans-force,
Inexplicable relation,
Puise l'eau sans perdre de vue le but,
Maintient la corde jusqu'à ce que le récipient cueille la Source,
Beauté du son,
frémissements,
Immersion,
Nu,
Joie sans joie,
Unité des couples,
Grâces offertes,
Pureté du coeur,
Bénédictions des âmes ,
ÉLÉVATION,
Grandeur en la petitesse,
Puise ton eau,
étanche ta soif car Elle a soif,
Puis viens, dépouillement absolu.
Regarde sans les yeux,
avec Ses yeux,
Joie sans joie,
Au-delà des béatitudes,
Le désert chante,
Nudité du Rien,
Nudité absolue,
Joie des retrouvailles,
Force de l'élan,
Puissance du Silence,
Aboutissement.
Amour.

jeudi 23 avril 2015

La non-dualité - Jean Klein (1912-1998)




Jean Klein est sans doute l'un des sages qui parlent le mieux de la Non-Dualité. Tout est condensé là : dans ces quelques lignes extraites de la Conscience et le Monde.

Jean Klein :
"La Conscience et le Monde"
(ed. l'Originel)
Voilà résumé l'essentiel de l'enseignement en quelques pages :

Celui qui brûle de connaître sa vraie nature doit d'abord comprendre qu'il s'identifie par erreur aux objets : «je suis ceci», «je suis cela». Toute identification, tout état, est transitoire, par conséquent sans réalité. Identifier le «je » à ceci ou cela est la racine de l'ignorance. Demandez-vous ce qui est permanent au cours de toutes les phases de la vie. Vous découvrirez que la question : «qui suis-je?» n'a pas de réponse. Vous ne pouvez pas expérimenter ce qui est permanent dans une relation sujet/objet comme quelque chose de perceptible. Vous pouvez seulement formuler et expliquer ce que vous n'êtes pas. La continuité que fondamentalement vous êtes ne peut se traduire en mots ou se rationaliser. Être est non-duel, absolue présence sans éclipse, quelles que soient les circonstances.
Si nous considérons le connaisseur indépendamment du connu, il se révèle comme pur témoin. Quand connaissance et connaisseur ne font qu'un, il n'y a plus de place pour un témoin. 

Toute imagination est irréelle, car basée sur la mémoire. Mais tout ce qui n'est pas anticipé, tout ce qui est inopiné, qui provoque la surprise, l'étonnement, provient de la réalité vivante. La recherche du plaisir naît de la souffrance, de la mémoire. Accueillez la vie comme elle se présente, ne mettez pas l'accent sur le monde mais changez votre attitude à son égard. Votre conception du monde, de la société, a sa source dans la croyance que vous êtes un ego séparé. Soyez votre totalité et le monde changera. Le monde n'est pas autre chose que vous. Le monde est en vous, la société commence avec VOUS.
Vous dites que nous ne devrions pas commencer par tenter de changer le monde mais notre attitude à son égard. Quand vous dites que l'existence est le film mais que nous ne sommes pas le film, entendez-vous par là que nous sommes la lumière qui éclaire le film? 

Oui. Vous ne pouvez changer le film parce que tous les efforts pour le modifier relèvent du film.
Vous identifier à votre corps et à votre personnalité vous bride, vous rend dépendant. Nos perceptions sensorielles reposent sur les constructions de la mémoire et impliquent un connaisseur. Nous devons étroitement examiner la nature du connaisseur. Cela requiert toute notre attention, tout notre amour. Ainsi vous découvrirez ce que réellement vous êtes. C'est l'unique sadhana. Se résorber dans la conscience de sa vraie nature est liberté. Notre vraie nature prend tout en charge.
Les images naissent et meurent dans le miroir de la conscience, et la mémoire crée l'illusion d'une continuité. La mémoire n'est qu'un mode de pensée, elle est purement transitoire. C'est sur ce fondement instable que nous construisons tout un monde de situations. Cette illusion fait obstacle à la claire vision.
Lutter pour nous améliorer ou pour progresser ne fait que rajouter à la confusion. Les apparences extérieures peuvent nous induire à croire que nous avons atteint un état de stabilité, que des changements ont survenu, que nous progressons et que nous sommes au seuil de la grâce. En fait, rien n'a changé. Nous n'avons fait que changer les meubles de place. Toute cette activité se déroule dans l'esprit, c'est le roman de notre imagination.  
Tout est beaucoup plus simple que cela. Pourquoi faire si compliqué? Ce que vous êtes fondamentalement est toujours là, dans sa globalité. Cela ne nécessite ni purification, ni changement. Pour votre vraie nature, il n'y a pas de ténèbres. Vous ne pouvez découvrir ou devenir la vérité car vous l'êtes. Il n'y a rien à faire pour vous en rapprocher, rien à apprendre. Rendez vous seulement compte que vous essayez constamment de vous éloigner de ce que vous êtes. Cessez de gaspiller votre temps et votre énergie dans des projections. Vivez cet arrêt sans paresse ni passivité, habitez pleinement la fraîcheur que vous trouverez en cessant d'espérer et d'anticiper. C'est aussi votre sadhana.
Il n'y a rien à perfectionner dans la réalité. Elle est perfection. Comment pourriez-vous vous en rapprocher davantage? Il n'y aucun moyen matériel pour l'atteindre.
N'est-ce pas fataliste de dire que nous ne pouvons changer le film?
Dire : fataliste implique que vous vous identifiez au film, que vous vous soumettez à lui. En fait, le film se déroule et vous êtes le spectateur. Être hors de l'écran vous donnera une nouvelle perspective sur ce qu'est réellement le film. A partir de cette vue globale qui n'est plus un point de vue, qui est hors du temps et de l'espace, tout se produit dans une absolue simultanéité. Aussi n'y a-t-il rien à changer.

Pour revenir à ce dont nous parlions auparavant, vous avez dit que le monde change quand la perception que j'ai de lui change. Comment est-ce possible?



Celui qui a atteint sa pleine maturité, qui se connaît sciemment, ne se pliera pas nécessairement aux conventions sociales. Un tel être agira au bon moment, suivant ce que la situation indique, sans que personne ne soit lésé d'une quelconque façon. Si vos actes sont régis par vos désirs, vous n'avez aucune espèce de liberté. Par contre, si vous faites ce que réclame la situation, vous faites ce qui est juste, et vous et votre entourage êtes libres.
Un sage n'a pas la moindre pensée d'être une personne quand il agit, sent ou pense. L'ego est totalement absent. L'ego n'est rien de plus qu'une pensée et deux pensées ne peuvent cohabiter simultanément. Aussi l'identification à l'ego ne peut avoir lieu qu'une fois disparue la pensée rattachée à l'objet. C'est alors seulement que l'ego déclare sienne cette pensée. Ce sens de la propriété : «j'ai vu ceci », «j'ai fait cela », intervient après le fait et n'a rien à voir avec le fait. Une fois que ce mécanisme est clairement perçu, vous comprenez que l'identification que vous aviez précédemment prise pour une réalité n'est qu'une illusion. Vous n'êtes pas le propriétaire de la situation pas plus que vous n'en êtes l'esclave. Votre vraie nature est au delà. Le silence de la conscience n'est pas un état, c'est le continuum où tout état, toute chose apparaît et disparaît. Les mots que nous utilisons dans l'état de veille pour parler de ce non-état sont une expression de cette conscience. Quand nous vivons dans la conscience, tout est expression de cette conscience.  
Le monde que vous percevez n'est rien d'autre que leur roman de votre imagination, basé sur la mémoire, la peur, l'angoisse et le désir. Vous vous êtes retranché dans ce monde. Voyez cela sans vous jeter sur des conclusions et vous serez libre. Vous n'avez nul besoin de vous affranchir d'un monde qui n'existe que dans votre imagination.
Ce que vous prenez pour une réalité est simplement un concept surgi de votre mémoire. La mémoire surgit de l'esprit, l'esprit du témoin, le témoin de votre vraie nature. Vous êtes le témoin, le spectateur placé sur la rive et regardant le fleuve couler. Vous ne bougez pas, vous êtes au delà du changement, au delà du temps et de l'espace. Vous ne pouvez percevoir ce qui est permanent parce que vous l'êtes.
N'alimentez pas les concepts dont vous avez fait vos fortifications ou l'image que les gens ont de vous. Ne soyez ni personne ni rien, contentez-vous de rester à l'écart de ce que la société vous demande. Ne jouez pas son jeu. Cela vous établira dans votre autonomie.
L'exemple, si souvent utilisé dans le Vedanta, du serpent et de la corde, d'un côté se réfère au monde et, de l'autre, à la réalité ultime. Le serpent représente le monde des objets où nous rencontrons les personnalités, les pensées, et l'affectivité. La corde symbolise la réalité ultime, le silence de la conscience. Une fois que nous cessons de prendre la. corde pour le serpent, l'idée du serpent disparaît et nous voyons la corde pour ce qu'elle est réellement. Il est parfaitement naturel que l'erreur perde sa substance et se dissipe quand la vérité devient évidente. Étant donné qu'une pensée fait partie intégrante de l'illusion, il lui est impossible de nous révéler la réalité ultime. Le « fait-d'être », la toute présence, qui est la source de toute expérience, est au delà de la dualité expérimentateur/expérimenté. Quand l'accent se trouve sur la conscience et non sur la pensée ou sur la perception, nous entrons progressivement dans une détente profonde, à la fois sur le plan neuro-musculaire et sur le plan mental.
Si nous observons avec détachement l'apparition et la disparition de tous les états que nous expérimentons, nous parvenons bientôt à appréhender que chaque état, chaque perception, chaque pensée sont réabsorbés dans une connaissance informulée, une connaissance qui est l'être. Ce continuum, seule réalité, est là avant que ne commence l'activité. Immergez-vous dans cette tranquillité chaque fois qu'elle se fait sentir.
Vous ne pouvez vous attendre à ce que la réalité surgisse, car elle est toujours là. Les événements apparaissent et disparaissent. N'oubliez jamais le caractère fugitif de toute expérience, c'est tout ce que vous avez à faire et la porte de la grâce s'ouvrira devant vous. Dès que des opinions et des réactions telle que «j'aime, je n'aime pas», interfèrent, vous retombez dans une habitude subjective et vous tissez autour de vous un filet, vous perdez de vue votre vraie nature. Les sentiments de sympathie et d'antipathie vous font tourner le dos à votre vraie nature. Vos concepts de changement, de progrès, en mieux ou en pire, sont fragmentaires et subjectifs. Quand vous regarderez le monde depuis votre totalité, le monde changera en vous. Vous êtes le monde.
Est-ce que l'absence de pensée que j'expérimente dans la méditation est proche de ma vraie nature? Est-ce la tranquillité dont vous parlez ?
Dans ce que l'on nomme ordinairement la méditation, vous cherchez sciemment à vous débarrasser de toute intention et de tout concept. Ainsi vous vous trouvez devant un écran vide de pensées, qu'elles soient objectives ou subjectives. Ces pensées éliminées, d'autres, plus coriaces, apparaissent, vous envahissent sans discrimination, et elles aussi, vous les chassez. Il est vrai qu'au bout d'un certain temps de pratique, l'activité mentale diminue. Cependant, si le chercheur n'est pas guidé par un maître authentique, le vide de l'écran restera toujours un mystère. Le silence de la conscience dont nous parlons est au delà de la présence ou de l'absence des pensées et des mots, au delà de l'action ou de la non-action. Tout surgit de la tranquillité qui est au delà de l'esprit, de la tranquillité qui est au delà de l'effort de s'affranchir des pensées, et tout s'y résorbe. Rien, absolument rien, ne peut affecter cette tranquillité. Le savoir objectif nous parvient par l'instrument organique adéquat, mais le silence de la conscience ne requiert aucun instrument.
Est-ce que les conflits et les guerres sont inhérents à l'être humain ?  
Les conflits appartiennent à l'ego, pas à l'être humain. Dans votre vraie nature qui est unité aucun conflit n'est possible. Tension, rivalité, agressivité ne concernent que l'ego. Demandez-vous seulement à quel point vous êtes soumis à vos habitudes, à vos opinions qui sont la source de perpétuels conflits. Observez comment fonctionne votre esprit, observez-le sans idées préconçues. Un moment viendra où vous vous trouverez dans l'observation et non dans l'esprit. Puis, quand toute tension aura disparu, vous vous rendrez compte que vous êtes la lumière qui brille au-delà même de l'observateur. La réalité n'est ni un produit de l'esprit, ni le résultat d'une caravane de pensées, elle est, c'est tout. Vous devez comprendre que vous ne pouvez jamais trouver votre vraie nature dans une perception. La seule méthode que nous pouvons suggérer est d'observer sans analyse la façon dont votre esprit réagit dans les diverses circonstances de la vie quotidienne. Ne modifiez pas votre vie pour coïncider avec un concept. Vivez comme vous le faisiez, pensant et sentant, soyez simplement conscient que ce sont des fonctions. Ainsi vous vous en libérerez spontanément. Ensuite la personnalité que vous pensez être disparaîtra. Il ne restera que le témoin. Au terme, même lui se résorbera dans la connaissance ultime.
Ce qui surgit d'inattendu, d'impromptu, sans cause, libre de tout passé, ce qui surgit sans racines, ce qui ni ne s'épanouit ni ne se flétrit, ce qui est le plus naturel, libre de toute tension, c'est cela votre vraie nature.

mardi 21 avril 2015

La méditation de l'étreinte - Thich Nhat Hanh


Une sortie au célèbre "Village des pruniers" près de Bordeaux est toujours un temps de  grâce. Les nombreux monastiques vietnamiens apportent à ce lieu une touche de fraîcheur et de joie qui me rappelle bien le sourire du Vietnam.

Nous avons eu la chance d'écouter un très beau discours sur l'amour, exprimé par le maître des lieux, le moine Thich Nhat Hanh que l'on ne présente plus tant il a pu écrire sur le bouddhisme. Quelques idées qu'il développe : pour que l'amour naisse, nous devons tout d'abord chercher à comprendre l'autre ; il nous invite aussi à considérer notre Terre comme notre mère, etc...

Sur ce même registre, cette citation d'Ingram Miranda assez succulente et de Jean de la Fontaine pour édulcorer le thème de l'étreinte : 

"Ne croyez pas que le chocolat soit un substitut à l'amour... L'amour est un substitut au chocolat."

ou de Jean de la Fontaine :

"Tout l'univers obéit à l'Amour; - Aimez, aimez, tout le reste n'est rien."


La méditation de l’étreinte


Par Thich Nhat Hanh 

Quand nous serrons quelqu’un dans nos bras, nos coeurs sont reliés et nous savons que nous ne sommes pas des êtres séparés. Embrasser avec notre pleine conscience et notre concentration peut apporter la réconciliation, la guérison, la compréhension et beaucoup de bonheur. La pratique de l’étreinte, réalisée en pleine conscience, a déjà aidé tant de personnes à se réconcilier avec les autres : des pères avec leurs fils, des mères avec leurs filles, des amis entre eux ...

Nous pouvons faire la méditation de l’étreinte avec notre partenaire, une amie, notre fils, notre fille, notre frère, notre soeur, nos parents et même avec un arbre. Nous nous inclinons abord devant l’autre personne en étant bien conscients de la présence de chacun d’entre nous. Puis, nous prenons trois respirations profondes et nous savourons ce moment. Nous ouvrons les bras et nous nous embrassons. Nous restons dans cette position le temps de trois respirations. Avec la première respiration, nous sommes parfaitement conscients de ce moment unique et nous sommes très heureux. Avec la seconde respiration, nous sommes conscients que l’autre personne est ici, vivante dans nos bras, en ce moment, et nous sommes très heureux. Avec la troisième respiration, nous sommes conscients que nous sommes ici, ensemble , sur cette Terre, et cela nous remplit de Joie. Puis nous relâchons notre étreinte et nous nous inclinons tous les deux pour nous remercier.

Quand nous nous embrassons de cette manière, l’autre personne devient plus réelle et plus vivante. Nous n’avons pas besoin d’attendre que l’autre personne soit sur le point de partir. Nous pouvons l’embrasser dès maintenant et recevoir sa chaleur et sa stabilité dans le moment présent.

L’étreinte est une pratique de réconciliation très profonde, et, malgré le silence, le message peut surgir très clairement :

" Chéri(e), tu es très précieux( se) pour moi. Je suis désolé(e), je n’ai pas été très attentif( ve) et prévenant(e). J’ai fait une erreur. Permets-moi de faire un nouveau départ. Je promets ... "




La faiblesse du fort, c'est sa force, la force du faible c'est sa faiblesse pensait Lao Tseu


Un temps où le faible devient fort selon le grand maître du Tao, Lao Tseu, car selon lui, le fort ne peut vaincre le fort durablement : 

[172lao+tseu-ss.jpg]


"La faiblesse est sublime, la force est méprisable. Quand un homme naît, il est faible et souple. Quand il meurt, il est fort et raide. Quand un arbre croît, il est souple et tendre ; quand il devient sec et dur, il meurt. La dureté et la force sont compagnes de la mort. La souplesse et la faiblesse traduisent la fraîcheur de la vie. C'est pourquoi ce qui a durci ne vaincra pas"